Synopsis :
Dans la ville de Bruxelles, Cédric, un artiste extravagant, prépare une nouvelle installation. Il se présente d’abord comme personne, comme artiste ; vient ensuite le moment de passer aux actes. Il va installer dans divers endroits de la ville. Son souhait : créer un havre de paix, un endroit où les gens prendront un moment, sinon pour s’arrêter, du moins pour ralentir. Tout en profitant visuellement de son entreprise, il nous explique les particularités de sa démarche, ancrée dans la vie de Bruxelles. À partir de là, plusieurs chutes sont possibles. Peut-être le verrons-nous épuisé, en pleine remise en question, lui qui approche de la quarantaine, sans reconnaissance, sans acquis. Peut-être verra-t-il un espoir de continuer à créer, à créer des contacts, des liens, au-delà du superficiel. Peut-être sera-t-il en paix avec ces gens, ces passants, qui ne lui ressemblent en rien, mais pour qui il a un immense respect.
Description du personnage :
Cédric a presque la quarantaine. Il est assisté social et n’a jamais travaillé de sa vie. Il habite dans une petite chambre dans le quartier d’Anderlecht. Il se promène dans les rues de Bruxelles à vélo, avec sur le dos un immense nounours blanc ou encore une panthère rose. Il est d’ailleurs surnommé la Panthère Rose. Il est très extravagant dans sa façon de s’habiller, gants de couleurs différentes, une dizaine de bracelets, chapeau bariolé et ainsi de suite. Il occupe son temps à analyser, à étudier les gens, la ville, et il cherche une façon de créer des liens. À priori, il peut avoir l’air d’être fou. Mais il en est bien loin. Il se définit lui-même comme un artiste visuel qui passe le plus clair de son temps à élaborer des ruses pour, en quelque sorte, faire entrer les gens dans son espace temporel.
Intentions :
Je veux faire une présentation du personnage qu’est Cédric, de son excentricité, de son parcours – d’où il vient, qui il est – des lieux où il aime être : nous voulons le présenter dans son quotidien, de manière succincte et concise. Comme c’est un personnage plutôt flamboyant, je veux donner l’occasion au spectateur de se faire sa propre idée sur lui, quitte à le mettre sur une fausse piste : en effet, au premier abord, les gens qui le rencontrent ont tendance à l’identifier comme un doux-dingue, comme l’idiot du village. Je veux consacrer le reste de film à déconstruire cette première impression.
Par la suite, en tant que réalisateur, je monte de plain-pied dans son univers poétique qui me rejoint particulièrement. Nous allons le suivre pendant qu’il fait ses installations dans Bruxelles. Il veut cibler des lieux publics précis, par exemple la Grand Place, la Bourse, la Gare du Midi, le siège de l’Union européenne ; ce sont des lieux significatifs à son avis, d’autant plus que , dans l’oeil de l’étranger que je suis et à qui ce film sera présenté, ces lieux sont Bruxelles.
Voici ce qu’il prévoit faire, concrètement : il ira dans chacun de ces lieux, et installera sur le sol un tapis persan de 2 mètres par 3, où il posera un immense ourson en peluche blanc, puis il s’y assiéra lui aussi. Cédric se place volontairement dans les endroits passants, dans le chemin des gens, pour tenter de les faire ralentir, pour susciter des réactions, pour les tirer de leur quotidien, les faire profiter de sa douce folie. Et son but ultime sera d’entrer en contact avec eux. Est-ce qu’il réussira ? C’est là le noeud du film.
Pourquoi est-ce que je considère ses actions comme « poétiques » ? Ce qui me touche notamment, c’est le côté passif de la chose. Il ne s’agit pas d’une manifestation, il ne s’agit pas d’une prise de contact obligée, il ne demande pas d’argent : il le fait pour le faire. Par ailleurs, Cédric se place hors du temps, par rapport au gens, il ne le vit pas de la même façon que tout le monde. Contrairement aux touristes de la Grand Place, aux gens d’affaires de la gare, aux diplomates du quartier Européen qui vivent à toute allure, il se place au milieu d’eux et crée une espèce d’îlot de tranquillité qui s’oppose à ce rythme effréné. Je veux que les spectateurs soient témoins visuellement du contraste qu’il créera, car c’est dans ce contraste que je vois toute la poésie de Cédric.
Image :
Tout d’abord, pour présenter Cédric, je vais favoriser une approche classique du documentaire : nous le suivons dans des lieux marquants de son quotidien, nous nous attardons à son apparence, à ce qu’il déclenche chez les gens qu’il croise. Je laisse la place à la faune urbaine, je veux qu’on le voit évoluer dans son milieu, en utilisant des plans moyens serrés, caméra épaule dynamique qui laissent la chance à son environnement de vivre à l’image. Puis je veux qu’une transition se fasse, une sorte de déclic qui fera comprendre au spectateur que l’on vient d’entrer dans une autre lecture du temps, la sienne. Je vais utiliser un plan fixe que l’on tournera à deux reprises. Le plan de base sera ainsi : dans le tiers gauche de l’écran, Cédric, dans le tiers droit, un arrière-plan urbain, une avenue, par exemple. Nous tournerons ensuite le même plan exactement, cadré exactement de la même façon, sans Cédric dans l’image. Nous prendrons ensuite le tiers de la première image de Cédric et le tiers droit de la deuxième image et les combinerons pour en recréer une seule. De cette façon, on peut intervenir sur le temps dans le tiers droit et introduire la notion que Cédric n’est pas affecté par le temps.
Puis nous passerons à ses installations.
Pour exprimer la poésie de ces installations à l’image, nous filmerons en mode 60 images/seconde. Comme ces actions sont de très courtes durée (tout au plus une vingtaine de minutes), ce mode nous permettra de jouer avec les ralentis. Il y aura ainsi utilisation des ralentis, d’une part, mais aussi des accélérés. Puisque notre personnage est atypique et qu’il n’a pas le même rapport au temps que la moyenne des gens, nous jouerons donc volontairement avec ce temps pour avoir un regard sur la ville qui rejoint celui de Cédric. J’utiliserai les ralentis pendant les installations, pour appuyer le fait qu’il observe, détaille, analyse les gens qui sont autour de lui. Je ferai le lien entre les installations en utilisant les accélérés pour ressentir le bouillonnement de la ville qui l’entoure. Mais mon but n’est pas de faire croire que Cédric fonctionne au ralenti ; plutôt qu’il est complètement hors du temps. Je privilégierai les plans fixes pour réaliser ces changements de rythme, par soucis d’esthétisme et d’efficacité. De plus, puisque nous serons dans des lieux « symboliques » - imposants, colorés de surcroît – l’utilisation d’une lentille grand angle me permettra de les mettre en valeur.
La caméra prendra une vue d’ensemble de ces installations, et se fera plus le témoin de l’événement et des réactions qu’il génère, que de Cédric lui-même.
Pour la conclusion, nous utiliserons à quelques nuances près le même stratagème cité plus haut pour sortir de la réalité de Cédric et revenir à une temporalité « normale ».
Je pressens qu’il y a un défi à prendre ces images ; il faut certes des plans larges de l’événement, mais aussi des plans rapprochés des réactions des gens. En outre, ces évènements sont de très courte durée, il faudra donc bien se coordonner, se synchroniser et qu’il y ait une rapidité d’exécution particulière. Je m’entendrai auparavant avec l’équipe technique pour que nous soyons tous au diapason.
Son :
Je prévois faire une entrevue filmée de Cédric, mais l’idéal serait de ne pas avoir à en utiliser les images, et plutôt d’entendre sa voix off sur d’autres images. Puisque l’image ne s’attarde pas sur Cédric, le son, lui, sera majoritairement composé de sa voix qui nous dévoilera sa démarche. C’est là le parti que nous prenons pour dresser le portrait de Cédric : en expliquant ce qu’il fait lui-même, nous découvrons qui il est.
Toujours dans le but de laisser place à son environnement, nous aurons, par ailleurs, besoin d’énormément de détails sonores – tels les bruits du café où nous nous trouverons peut-être, les conversations des clients, les sirènes des ambulances, la circulation, etc. – pour mettre concrètement et immédiatement Cédric en parallèle avec sa ville. Une collaboration étroite avec les ingénieurs son s’impose : il faut s’assurer d’avoir assez de matériel. Je souhaite isoler les sons et avoir assez de pistes sonores pour recréer l’ambiance nécessaire en post-production.
Par la suite, durant les installations, je souhaiterais identifier l’endroit où nous nous trouvons par un seul son autant qu’à l’image. Si nous nous trouvons sur la Grand Place, je veux qu’on entende les déclics des appareils photo ; à la gare, les bruits de pas des voyageurs pressés et ainsi de suite. Ce ne sont pour le moment que des pistes de réflexion, nous aviserons en temps et lieux. Toujours dans l’idée de créer l’espace-temps où se trouve Cédric, le son devra souligner les réactions des gens, créer l’illusion que l’on ne se trouve pas face à la réalité, mais dans un espace poétique, comme je le décrivais plus haut.